19/05/2009

La politique culturelle baigne dans le sang

pitbull.jpgC’est l’énigme de l’année : comment diable un prince de la culture a-t-il pu se transformer en assassin ? Aurait-il soudain révélé sa vraie nature meurtrière, ou celle-ci s’est-elle forgée à l’aune de la fascination du pouvoir ?

On l’avait connu journaliste dynamique et enthousiaste, prêt à défendre la veuve et l’orphelin, doué d’une rare générosité dans la profession. Devenu politicien, il semblait poursuivre, volant au secours de tel ou tel service sinistré de son département. Quelque chose de christique en lui…

Et voilà que l’une après l’autre, les têtes se sont mises à tomber ! D’abord les petites, puis les moyennes, jusqu’aux grandes : le glaive a frappé, brandi d’abord par la propre main du Christ devenu Machiavel puis tenu en renfort par d’autres mains qui sont celles des audits.

Tel ami des Verts, père de famille qui avait quitté son emploi pour rejoindre le prince : renvoyé pour incompatibilité. Tel ancien confrère et ami qui fit de même, séduit : poussé dehors pour divergence de vues. La suite, on connaît. Complot pour promouvoir la princesse à la direction du Musée des sciences. Association avec les employés pour déstabiliser la direction du Grand Théâtre. Eviction du directeur du Musée d’ethnographie. Limogeage de celui du Musée d’art et d’histoire…

Tandis que la politique culturelle genevoise baigne dans le sang, on s’interroge en silence. Faut-il que notre magistrat se déteste pour déployer tant de haine et qu’il méprise la culture pour la torturer ainsi. Mais courage, camarades. Un jour, c’est sûr, le peuple moribond se lèvera d’un bond et réclamera un audit du Département.

08/05/2009

Une sorcière mal aimée

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sorcière de porquerac.jpgVoici un livre à remettre dans toutes les mains des jeunes ! C’est l’histoire terrible et magnifique de la sorcière de Porquerac. Brrr, une jeune fille née de l’aventure et pour l’aventure. Elle s’appelle Camée, « à cause de ses yeux si particuliers » qui rappelaient à sa mère ce petit bijou, une pierre taillée noir et blanc, lisse et brillante, un camée.
Une belle fille, ça se voyait dès sa naissance, vouée tôt à elle-même pour cause de père absent et de mère au labeur. De sorte qu’en ce 16ème siècle débutant, la forêt constitue son unique royaume. C’est d’ailleurs dans la forêt qu’elle apprend à si bien utiliser les plantes, à reconnaitre les graines de pavot et les racines de jusquiame.
La suite, on la devine. Mais pas forcément les jeunes. Et quoi qu’il en soit, on est immédiatement saisi par le récit emmené d’une main de maître. Fort bien écrit, au ton juste et puissant, ce conte de Roland Godel emporte l’adhésion de tout lecteur. C’est qu’il n’en est pas à son coup d’essai : l’auteur écrit des contes et romans pour la jeunesse. Son dernier ouvrage Les Petits Secrets de la pension Mimosas a remporté le Prix Chronos 2008.
Or, l’intérêt du livre, au-delà du premier degré de son récit, réside tout autant dans sa problématique. Sensibilisé depuis tout jeune à la traque aux sorcières (la dernière avait été brûlée à l’emplacement de l’immeuble où il avait vécu), Roland Godel évoque avec finesse et talent « ce curieux mélange d’attirance, de rejet et de peur que, depuis toujours, les hommes éprouvent face aux femmes qui leur semblent tout trop libres et rebelles. » Aujourd’hui encore, en certaines régions du monde, les femmes insoumises subissent des châtiments qui, parfois, les conduisent à la mort.
Pour un premier roman chez Seuil, voilà une belle réussite. D’ores et déjà, on attend le suivant. En espérant que l’éditeur le relie un peu plus solidement.
Serge Bimpage
La Sorcière de Porquerac, par Roland Godel. Editions Seuil, 158 pages.

26/03/2009

Le Valais selon Alain Bagnoud, épisode II

alain bagnoud.jpgRefermé Le Jour du dragon de Alain Bagnoud, on retourne à la 4e de couverture et on mire sa photo en médaillon. Histoire de prolonger ce moment exceptionnel passé avec lui en Valais à revivre les années soixante-dix  de son adolescence. Ses petits yeux plissés en permanence vous scannent les humains comme les événements avec une acuité de lynx…
La chronique fait suite au remarqué La Leçon de choses en un jour, qui campait la famille valaisanne et son destin entre plaine et montagne, passé et futur, clans et rivalités bonhommes et enthousiastes. Ici, le progrès évoluant dans un sens aussi exalté que tendu, comme a pu le décrire un Maurice Chappaz, l’adolescent ouvre les yeux sur une réalité plus prosaïque.
L’idéologie fait irruption dans l’univers du narrateur, en même temps que l’amour. Pas facile à gérer, difficile de se situer entre l’atavisme identitaire et l’attrait des promesses de la ville. Et, métaphore magnifique de ces pages ciselées et tellement bien senties : la fanfare, qui demeure le lieu de toutes les rencontres, la mise en abyme de toutes les tensions.
Emouvante, cette évocation impressionniste contient en même temps sa part d’histoire et d’anthropologie. Beaucoup de qualités pour ce Jour du dragon qui marquera sans conteste la littérature suisse romande du genre. Celle, ramuzienne en particulier, de parvenir, partant du terroir, à toucher à l’universel.

Serge Bimpage

Le jour du dragon, par Alain Bagnoud. Editions de L’Aire. 

 

19/03/2009

Une branche d’olivier pour Jeanne

jean-michel olivier.jpgLa force d’un livre réside dans la trace qu’il vous laisse. Celle de Notre Dame du Fort-Barreau n’est pas prête de s’effacer. Voici quelque temps déjà que j’ai refermé l’ouvrage, me promettant de le chroniquer. Le reprenant donc, je me préparai devant la feuille blanche à l’idée de le relire. Or, tout est là, présent, vivant dans ma mémoire !
Je revois cette « petite femme aux cheveux gris coiffés en arrière », sur le seuil de son appartement de la rue Fort-Barreau où le narrateur est allé sonner. Son châle mité, ses espadrilles et son imposant trousseau de clés. Accoutrement de mendiante qui dormirait sous les ponts. Rien de la riche propriétaire d’une quinzaine d’appartements.
C’est en venant lui demander l’autorisation d’échanger son logement avec sa voisine que l’auteur fait connaissance avec Jeanne, née Théophyle Besançon, « bon pasteur protestant » qui a fait construire plusieurs immeubles à vocation sociale dans le quartier des Grottes au début du dernier siècle. Nous sommes dans les années soixante-dix. Depuis toujours, un esprit de révolte souffle sur Fort-Barreau et le quartier tout entier. Il ne sera pas démoli au profit d’un projet grandiose. Le nouveau Centre Femmes y établit ses pénates. Les activités collectives se multiplient…
Jeanne a vécu tout ça, l’œil vif et généreux. Humble, présente à tous ses locataires qu’elle arrange quand ils ne payent pas. Touché par ce singulier bout de femme qui a connu deux guerres, le plan Zwahlen, les Boches à la frontière et dont le père a fait passer clandestinement des familles juives persécutées en France, Jean-Michel Olivier s’en fait aussitôt une amie.  Elle l’emmène voir les étoiles au galetas, le console dans les moments chagrins, trinque avec lui au café des Nations. Post-mortem, il la remercie : « A l’écrivain, vous parlez du quartier de votre enfance, de la petite Cour des Miracles que vous avez hébergée. Avec une patience infinie, vous écoutez ses élucubrations sur l’écriture ou sur les femmes, sage comme une image, appuyée contre les fausses fresques de la cage d’escalier auxquelles vous tenez comme à la prunelle de vos yeux. »
Entre tendresse et douce ironie, Jean-Michel Olivier livre ici  non seulement le portrait d’une femme hors du commun mais il en profite pour brosser le siècle et l’histoire des Grottes. On songe à La vie devant soi, à Simone Signoret. On corrige aussitôt, le destin de Jeanne, son humilité protestante, sont plus fascinants encore. On lui met un visage, et au quartier dont les caves sont souvent squattées par les SDF et que Jeanne ne chasse pas. Et ce faisant, par le truchement du dialogue indirect, on fait aussi un bout de chemin avec l’auteur et une mansuétude à laquelle on était peu habitué chez Jean-Michel Olivier. Aurait-il quelque chose à se faire pardonner ? Jeanne est morte sans qu’il ait pu veiller sur elle quand elle était malade. L’aveu discret sonne juste. Comme l’entier de ce livre : beau comme une longue lettre adressée à un lointain destinataire. Une lettre n’est jamais perdue, lui avait un jour assuré Jeanne.

Notre Dame du Fort-Barreau, par Jean-Michel Olivier. Editions L’Age Homme, 100 pages.


04/03/2009

Lettre à mon fils qui adore la Julie

 

alexis asie.jpgJe te jure, j’ai relu la date du journal, hier matin, pour être sûr qu’on n’était pas le 1er avril : la Julie vendue - et tous les autres journaux d’Edipresse – au groupe zurichois Tamedia ! Avec la remise du prix Giono à Amélie Nothomb, ça m’a fait ma journée. La veille au soir, j’avais été écouté Piccoli jouer du Thomas Bernhard. Il rappelait comme le monde était devenu fou…
Chut, pas de jugement de valeur. Démodé. D’ailleurs, je n’ai pas vu un seul commentaire à ce propos sur les blogs. Il faut dire que par les temps qui courent, la nouvelle passe comme une lettre à la poste, encore que même le courrier a de la peine. Je me demande simplement ce que tu en penses, du fin fond du Cambodge. Tu te rends compte, ton journal vendu aux Zurichois ! Ce que ça va changer ? Aucune idée, fiston. Si, j’en ai une petite... et j’espère me tromper. Chut, attendons. Mais peut-être penses-tu que ça n’a aucune importance, que nous devons accepter, c’est l’époque, que la géographie et les questions d’identité et de patrimoine soient chamboulées. Qu’enfin c’est le progrès, comme les opérations médicales télécommandées à distance.
Pour être franc, je voulais d’abord écrire une lettre ouverte à Pierre Lamunière. Ce qui me titillait par-dessus tout, c’était de savoir comment il supportait l’idée de brader ainsi l’immense effort de son père. Qui plus est, s’agissant tout de même de presse et non pas de savonnettes, ce que ça lui faisait, symboliquement, de vendre tout un pan du patrimoine culturel romand à l’outre Sarine. Ceux qui le soupçonnaient de ne pas avoir beaucoup d’affection pour ses titres suisses doivent être confortés. Mais peut-être que Jacques Pilet a raison, que l’identité de chaque titre et le talent de son équipe sont déterminants. A moins qu’il ne puisse dire autre chose, vu qu’il a passé de l’autre côté comme attaché à la direction de Ringier.
Que de questions ! J’ai préféré te les adresser, fiston. Quand tu as rendu ton travail de maturité sur L’Avenir de la presse écrite en Suisse romande (http://www.sergebimpage.ch/tm-alexis-bimpage/index.html, mention très bien), tu m’as dit ta perplexité de l’avoir spontanément anglé « économique » : si tu avais rédigé le même travail vingt ans plus tôt, il eût été plus « idéologique ». Bonne remarque. Le journalisme n’échappe désormais plus au marché. C’est son drame. Ce qui le musèle. Mais chut… Bonne poursuite de ton voyage sabbatique, et merci de tes commentaires.

05/02/2009

Bluffant au sens propre, Sarkozy!

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Certes, Sarkozy avait soigneusement préparé son show, pour son discours sur TF1. Et il n’avait hélas aucun journaliste en face de lui pour opposer une quelconque résistante à son irrésistible rhétorique. Mais force était de constater que sa maîtrise des dossiers et son volontarisme face à la crise témoignaient d’un pragmatisme dépassant de loin les idéologies.
Et l’on a beau préférer l’acuité franche d’un « Marianne » aux rumeurs manœuvrières d’un « Nouvel Obs » (erreur du fameux sms de Sarko, allusions imprécises sur les activités de Kouchner), le journaliste du premier était plutôt embarrassé, juste après l’émission sur A2, pour trouver des poux dans la tête du président.
Le seul exemple du trois fois 33,3% (respectivement pour les travailleurs, les actionnaires et les réinvestissements) souhaités et bientôt exigés par Sarkozy en vue d’une meilleure distribution des dividendes le démontre : il est capable de penser comme la gauche. Celui de plaider et de favoriser la délocalisation pour garder les usines en France ou d’exiger des banques qu’elles renoncent à leur bonus : qu’il est capable de résister au patronat.
Bluffante, c’est le moins qu’on puisse à dire de sa prestation ! Gageons que ça n’est pas du bluff. Non seulement, manches quasi retroussées, il dégageait l’impression d’un homme sensible au destin douloureux des citoyens et d’un président capable de prendre ses responsabilités pour exiger de même de ses concitoyens ; mais aussi bien, ayant ramené la durée de présidence à deux ans pour rompre avec le syndrome royal et donner du sang neuf, il convainc ici encore par le pragmatisme. Réussira-t-il ? C’est une autre affaire, surtout sur le terrain européen. Au minimum et c’est déjà pas mal pour un politicien, il a fait la démonstration que le temps n’est plus aux grands débats d’idées.

Serge Bimpage


02/02/2009

Bilatérales : des relents amers…

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La votation sur les bilatérales, qui consiste à reconduire l’accord de libre circulation entre la Suisse et la Communauté européenne et à étendre les accords à la Bulgarie et à la Roumanie, provoque des relents d’amers.
D’abord, elle soulève à nouveau la question des Roms. Ils sont 800'000 en Bulgarie et deux millions en Roumanie à vivre dans des conditions de pauvreté extrême. Ils vivent dans des masures de torchis et de planches, sans eau ni électricité. La guerre (où la moitié d’entre eux a été exterminée), puis la guerre froide, les nationalismes et l’économie de marché les ont poussés dans les ghettos. Pourtant, ils ne revendiquent rien. Aucun territoire, aucune souveraineté. Juste la reconnaissance de leur existence et des droits qui la garantissent.
Ensuite, cette votation vient nous rappeler combien la politique migratoire de notre pays est schizophrène : d’un côté, on ouvre résolument les frontières tandis que de l’autre, en matière de politique d’asile notamment… on les referme ! Pendant ce temps, Eveline Widmer-Schlumpf vient cyniquement de lancer une vaste consultation dans le pays pour répondre aux défis posés par l’intégration.
Enfin, la perspective des urnes désigne notre ignorance et notre déni. S’impose trop souvent la part d’ombre qui recouvre notre imaginaire et le conduit à la peur. Faute de savoir, on fantasme le pire. Du coup, on passe à côté non seulement du terrible destin de l’autre, l’étranger, mais de l’enrichissement qu’il peut nous apporter. Même le Conseil fédéral s’y laisse prendre, axant sa position favorable sur les avantages rigoureusement économiques à voter oui.
Puisse le résultat des urnes nous aider à digérer ce qui passe mal, faute de bonne mastication. Et nous rappeler que l’histoire de l’homme, depuis ses origines, a été bien plus souvent nomade que sédentaire.


 

Serge Bimpage

 

16/01/2009

Les clowns sont des anges!

souffle d'anges.jpgEn ces temps moroses où même la culture semble l’être, « Souffle d’anges » est un ballon d’oxygène ! Quatre clowns, mis en scène par Vincent Aubert qui en fut un autre, de talent, occupent la scène du théâtre de la Parfumerie jusqu’au 24 janvier. Il faut s’y précipiter, ça vaut toutes les montées au Salève pour trouver le soleil.
Si un clown meurt, où va donc le rire ? Et l’au-delà, se pourrait-il qu’il soit drôle ? Réponses dans « Souffle d’anges » qui met aux prises quatre clowns qui ont construit leur spectacle de A à Z. A dire franchement, les clowneries n’ont jamais été ma tasse de thé. Mais là, je suis resté soufflé ! De même que le comédien s’engage dans une profession tandis que l’acteur se lance dans une aventure, ces quatre-là, pas de doute, y ont mis toutes leurs tripes.
Pour tout scénario, le déroulement des associations libres flirtent un temps avec les vicissitudes humaines, les petites lâchetés, prouesses, séductions, rivalités qui, ma foi, perdurent, même au paradis ; on y assiste comme de haut puis, insensiblement, par le truchement d’une femme énigmatique (un ange ?), voilà que leur nouvelle réalité, leur perte d’identité et leur confrontation à l’autre les soulève, les transcende au profit d’une humanité ici-bas dévoyée.
De gags en en situations coquasses, à force d’élévation d’esprit, c’est la poésie qui ressort gagnante de cette suite de facéties enchaînées comme autant de prophéties. Et le spectateur. Oui, il se pourrait bien, se dit-on au final, à force de cheminement avec ces clowns qui nous ressemblent singulièrement, de partage avec eux d’émotions allant du rire aux larmes, que l’homme puisse devenir un jour ce qu’il a toujours rêvé d’être : vrai…
Je ne résiste pas à révéler les noms de ceux qui se cachent derrière les gros nez rouges : Pierre Cohannier, Catherine Spozio (à qui on doit la création musicale aussi inventive que rythmée), Jacy Gremaud et Véronique Calpini qui officient sous l’appellation incontrôlée de Cie Service compris. Hormis leur professionnalisme, une année de conception et répétition président à ce spectacle unique. On n’a pas fini d’entendre parler d’eux.  

18:22 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

09/10/2008

Qu'en penses-tu, Borges?

borges02_1221253893.jpgEh oui, les dés sont jetés : Pierre Assouline a perdu son procès en diffamation contre la veuve de Borges. La 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris a condamné l’écrivain (Assouline, pas Borges, encore que…) ainsi que le « Nouvel Observateur » à verser un euro de dommages et intérêts à Maria Kodama, à 1000 euros d’amende et à régler les frais de justice ! Voilà ce qui arrive, par les temps qui courent, à ceux qui ont l’outrecuidance de défendre l’un des plus grands représentants de la littérature mondiale - cependant que ceux qui précipitent les multinationales et les banques dans le gouffre restent impunis. Loufoque époque…
Pierre Assouline a eu le tort d’être le premier à évoquer l’énigme de la non réédition des deux volumes des « Œuvres complètes » de Jorge Luis Borges parues dans la Pléiade en 1993 et 1999. A leur parution, le succès avait été immense. Or, vingt ans plus tard, Maria Kodama en interdit la réédition. Pourquoi diable ? Les lauriers tressés à leur maître d’œuvre auraient-ils indisposé la veuve de l’écrivain, on connaît trop le syndrome de la veuve en littérature ? Ou serait-ce pour d’autres raisons, plus obscures encore ?
Il cherche, découvre le livre du journaliste et avocat Juan Gasparini, qui avait publié « La dépouille de Borges ». Tiens, tiens, ce livre lui-même avait lui aussi été attaqué en justice par Maria Kodama. En vain, elle avait été déboutée. C’est donc en  toute bonne foi qu’Assouline pouvait estimer s’appuyer sur l’ouvrage, qu’il qualifiait de « récit balzacien de manipulations testamentaires". On le croira ou non : c’est pour cette phrase qu’il a été condamné. Borges s’en retournerait dans sa tombe.
Picasso aussi : quelques semaines plus tôt, devant le même tribunal, notre amie Pepita Dupont, auteur du livre « La vérité sur Jacqueline Picasso », se voyait condamnée à verser un euro pour diffamation à l’héritière. On restait loin des 200.000 euros demandés par les plaignants mais, symboliquement, la justice affichait son bord, celui de clouer le bec aux empêcheurs de tourner en bourrique. Quand je pense qu’au même moment, le comédien et metteur en scène genevois Patrick Mohr se faisait arrêter et tabasser par les flics devant le Palais des Papes, en Avignon. Cela, au simple motif de leur avoir fait remarquer qu’il était singulier, tout de même, de vérifier leurs papiers des seuls artistes de couleur de la place et non des blancs, je me dis que oui, décidément, l’époque est loufoque…

 

 

29/09/2008

Vieillir ? Une découverte !

Envisager sereinement le temps qui passe est un art, rappelle Danielle Quinodoz. Il implique un engagement actif de la personne âgée comme de son entourage.

mini_portrait-Danielle.jpgOn n’est guère étonné, après avoir lu l’ouvrage de Danielle Quinodoz, de découvrir en son auteur une personnalité lumineuse. Le pétillement de ses yeux, simple et profond, invite à demeurer longtemps dans son cabinet de consultation. « Tourner la page, oui, mais après l’avoir lue » ! tel est le crédo de la psychanalyste de renom, qui fut longtemps consultante auprès des Institution universitaires de psychiatrie à Genève. Après plusieurs ouvrages remarqués, elle publie aujourd’hui Vieillir, une découverte, fruit d’une expérience aussi personnelle que professionnelle. On y découvre non seulement que vieillir peut être une magnifique aventure, mais que la perspective même de la mort peut être source d’enrichissement. Rencontre.

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