11/11/2013

L'arcade plateforme: hommage à Charles de Ziegler

portrait Ziegler.jpgVous avez toujours rêvé de posséder un tableau de Charles de Ziegler (1890-1962) ? Ou de revisiter une partie de son œuvre ? Hommage sera rendu  à  l’un de nos meilleurs aquarellistes genevois,  jeudi  14 novembre, à L’arcade plateforme, 5 rue John Grasset, de 18h. à 21h. Outre les œuvres, sera également vendu le livre biographique que Tamara et Olivier Veyrat lui ont consacré, assortis de textes de Bernard Lescaze et Serge Bimpage.5 J. Grasset.png

01/11/2013

150EME ANNIVERSAIRE DE LA CROIX-ROUGE

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La biographie la plus complète de Henry Dunant

Extrait de "Moi, Henry Dunant, j’ai rêvé le monde", par Serge Bimpage, paru éditions Albin Michel (France)


« Entrez, cher Georg Baumberger ! Entrez, puisque nous l’avons tant souhaité vous et moi, dans la modeste chambre d’un homme exilé qui s’apprête, banni de tous, à négocier solitaire le virage ultime de son existence. Pardonnez-moi d’avoir tenu à vous montrer tant de paperasses. Vous êtes la troisième personne, depuis un quart de siècle, à qui j’ai voulu exhiber ces documents pour moi si précieux. Et vous serez sans le moindre doute la dernière. Il me reste bien peu d’énergie, monsieur Baumberger. Je tiens à l’économiser. Devant vous se tient un soldat épuisé, aveuglé, meurtri par des combats dont il ignore totalement l’issue.
J’aurais voulu – j’aurais dû, comme le firent tant d’autres persécutés avant moi- rédiger plus tôt mes mémoires. Comme vous le voyez, mon bureau est jonché de feuillets si remplis d’événements et de dates que je me retrouve dans la situation du peintre qui n’a pas su lever le pinceau à temps : à vouloir trop bien faire, à force de chercher à convaincre, la surcharge a gâché l’épure : je ne parviens plus à distinguer ce qui devrait être mis en lumière de ce qui devrait rester dans l’ombre. De surcroît, je ne suis qu’un pauvre lettré très modeste. Il est vrai que j’ai beaucoup lu et beaucoup voyagé ; cela ne me dispense pas d’être un écrivain de douzième ordre. Surtout, ma main, depuis ces vingt-cinq dernières années - dès que j’ai quitté pour toujours ma ville natale de Genève que je hais et où je ne remettrai plus les pieds -, mes doigts se sont insensiblement transformés en autant de serviteurs séniles et maladroits, quand ce n’est pas traîtres, de ma pensée.
Mon médecin, le bon docteur Alther, dont vous connaissez comme moi les compétences, n’y peut pas grand-chose. Contre l’eczéma, les meilleurs remèdes se révèlent impuissants, ce que m’a confirmé depuis longtemps mon frère Pierre, lui-même médecin. Comme l’indique son étymologie, l’eczéma révèle un bouillonnement de l’âme et c’est peu dire que j’ai vécu en perpétuel état d’ébullition ! J’en suis réduit à profiter des rares plages de répit pour écrire ; elles se comptent en heures, le plus souvent même en minutes, tandis que les intervalles qui les séparent se calculent en semaines entières et même en mois. Et encore, dans ces moments d’accalmie, il arrive que mes doigts s’emballent comme des chevaux fous ou se cabrent soudain, renversant l’attelage de ma calligraphie et le faisant dérailler de la ligne qu’il s’était vainement fixée.
Dire que, jeune homme, je me flattais de plier la réalité, les hommes et les mots à la force de mes désirs ! Me voilà réduit à songer, tout compte fait, que les faiblesses de l’homme, bien davantage que sa volonté, conduisent sa vie. Après tout, n’est-ce pas cet eczéma si mal placé, sur celle de mes mains la plus habile, qui a dessiné une nouvelle géographie à ma vie ? Ne m’a-t-elle pas poussé, par sa soif de guérison, vers les bains de Rome, Venise, Côme, Baden, Zurich, Eglisau, Stuttgart, Hall, Schinznach, Seewis, Brestenberg et finalement ici, à Heiden ? Et bien avant, au temps où, ma main valide et puissante, je voguais à l’apogée de mes entreprises, Dieu sait si mes nombreux écrits ne m’avaient pas entraîné, pareils à une voile maladroitement déployée, vers des contrées que je n’avais pas préméditées ? Tout cela est bien étrange. Ma main me fait terriblement souffrir et signe à chaque instant le temps qui passe. Pourtant, c’est justement elle, aujourd’hui, qui pourrait contribuer à mon sauvetage. Elle, qui vous a écrit pour vous demander de venir. Elle, aujourd’hui, qui saisit la vôtre pour écrire demain à ma place… »


"Moi, Henry Dunant, j’ai rêvé le monde" a également été réédité en format poche aux éditions L’Age d’Homme (Suisse) avec le soutien de Pro Helvetia en 2012. Six ans de recherches et une année d’écriture ont été nécessaires à la rédaction de cet ouvrage.