03/02/2012

Genève vaut bien un polar

Corinne Jaquet.jpgLes écrivains de romans policiers se font plutôt rares en Suisse romande. Raison de plus pour leur prêter attention. La Genevoise Corinne Jaquet fait figure d’exception, et de taille. Au fils de sa dizaine de polars, elle a acquis une rare maîtrise en la matière. Depuis quelques années, elle nous gratifie d’une belle trouvaille : à chaque parution, l’action se déroule dans un quartier de Genève. De quoi allier savoureusement intrigue et histoire locale.
Zoom sur Plainpalais est un pavé de 309 pages qu’on ne lâche plus dès les premières pages. Un célèbre animateur de la Télévision romande est assassiné dans des circonstances mystérieuses tandis qu’il fête des cinquantièmes rugissants. De quoi donner du fil à retordre au fraîchement nommé et jeune commissaire Mallaury. Et ce d’autant plus, pour notre grand plaisir, que l’intrigue se complique simultanément d’une seconde énigme, non sans rapport avec la première.
On aime beaucoup de choses, dans ce livre. Le scénario est d’abord ficelé de manière archi professionnelle, normal puisque Corinne Jaquet a tenu des années la rubrique judiciaire du défunt journal La Suisse. Quel plaisir, ensuite, de retrouver ces lieux quotidiennement fréquentés que sont la Plaine de Plainpalais, son marché aux puces et les environs de la Tour, sa population gouailleuse et ses bistrots vivants. Le cinéma suisse y est né, l’ancienne journaliste promène son lecteur dans l’historique des salles obscures.
En même temps que Mallaury apprend à apprivoiser ses troupes (parmi lesquelles une jeune policière qui surprend par ses audaces et ses intuitions), le lecteur participe de plein pied à l’enquête. Le tour de force de l’auteure, au moment où ce dernier perd pied, consiste à résumer habilement la situation au rythme des conférences de police. On fait le point. On croit avoir presque tout compris. En route pour de nouvelles fausses pistes.
Cinématographique, riche en dialogues qui sonnent parfaitement juste, l’écriture de Corinne Jaquet convainc. Se paye le luxe de « genevoisismes » qui font sourire et de trouvailles originales. « Il y a des morts comme ça, peu mobilisateurs. Mallaury aurait préféré un combat rédempteur pour une victime attachante, mais l’ironie du métier voulait qu’on ne choisisse pas ses cadavres. » L’auteure, devant les pires crapules misogynes, ne suggère pas le moindre jugement, hormis par le biais de ses personnages. Personnages eux-mêmes fort attachants, au sein d’une police un peu trop bon enfant en regard des conflits qui la traversent actuellement. Mais manifestement, le manuscrit, du moins son point de départ, date d’une dizaine d’années si l’on en croit les cassettes VHS utilisées pour l’enquête. 
Zoom sur Plainpalais frappe fort. Outre son ambiance de quartier que ne renierons pas les familiers de la Revue et du Cinébref, il ouvre une fenêtre féroce sur le côté obscur de nos vedettes de la télévision, leur narcissisme et leurs petits penchants pervers.

Serge Bimpage

Zoom sur Plainpalais, par Corinne Jaquet. 309, pages. Editions Luce Wilquin.