05/10/2011

Naissance d’une jeune écrivaine genevoise

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C’est à une belle, fraiche et confondante légèreté que nous convie Douna Loup dans son premier roman L’embrasure paru au Mercure de France. Pour cette jeune auteure genevoise née en 1982, voilà un bien un coup de maître annonçant une authentique écrivaine.
Dès les premières lignes d’une simplicité convaincante, voilà le lecteur embarqué dans la vie d’un ouvrier qui n’est autre que le narrateur de l’histoire.  Le jeune homme, entre le boulot et les stations au bar du coin, adore se promener en forêt. C’est un chasseur amoureux de précision et de permanence quotidienne tout autant que de nature.
Rien que de très banal, dans cette vie d’usine. Si ce n’est la rencontre parmi les fougères avec la mort. Du cadavre qu’il découvre, il n’a que faire. Pas plus que du carnet noir qu’il ne rend pas tout de suite à la police à qui il fait part de sa découverte. C’est précisément ce carnet qui constituera la bombe à rebours de son existence. Encouragé par son amie Eva, une fille rencontrée au bar et qu’il héberge à contre cœur, le narrateur se remettra totalement en question.
Avant de quitter son pays en guerre, Eva s’appelait Zora. Celle qui a payé d’un changement d’identité son immigration perçoit combien la découverte macabre de son ami n’est peut-être pas un hasard, en tout cas un signe. C’est elle qui va le lui faire comprendre, l’encourager, au travers d’une enquête sur le mort, lui-même victime de son passé, à se plonger dans le sien et envisager sa vie sous un tout autre jour.
Tels ces faits-divers où tout un chacun peut se trouver confronter au détour d’une promenade en forêt, ce récit de Douna Loup fait mouche par sa charge émotionnelle. Impeccablement maîtrisé, inventif, remodelant les expressions courantes, il touche mine de rien à des considérations graves comme l’amour, la mort et l’identité. Se glisser dans la peau d’un garçon aux prises avec ses aspirations et ses désirs n’est pas le moindre des tours de force de cette embrasure ouvrant sur le meilleur des écrivains du crû.

Serge Bimpage
L’embrasure, par Douna Loup. Editions Mercure de France, 156 pages.

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