20/06/2011

La réussite de la défaite

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C’est un livre bien déconcertant, que nous propose Walter Weideli. A mi chemin entre l’autobiographie, la chronique et le récit romanesque. Or, le caractère déconcertant de cette Partie d’échecs réside moins dans son genre que dans son contenu : voilà un homme qui vous livre sa vie sans (presque) la moindre précaution oratoire.
Les plus anciens se souviennent du scandale qu’avait provoqué sa pièce de théâtre, à la fin des années 1970, Un banquier sans visage. Un pamphlet rédigé par le créateur du Samedi littéraire du Journal de Genève, qui n’avait pas eu l’heur de plaire aux cols blancs de la république genevoise. Et qui n’avait pas mincement contribué à l’éviction de Walter Weideli dudit journal.
A la parution de La Partie d’échecs, on aurait pu s’attendre à ce que l’auteur revienne abondamment sur cette affaire. Eh bien, non ! S’il en parle, c’est avec la hauteur d’un homme au crépuscule de sa vie qui, du fond de la cellule de moine où il vit à présent que tout est consommé, revisite sa trajectoire sans une once de complaisance.
Journaliste éminent, qui apporta une pierre solide à la culture helvétique, membre du comité de Pro Helvetia, auteur dramatique prolixe, traducteur de Durrenmmatt, Hohl et Canneti, Walter Weideli semblait né pour une place au firmament de la création romande. Au lieu de quoi, en une suite infinie de funestes enchaînements, ses entreprises semblent inéluctablement conduites à la ruine.
Or plus qu’à la compassion, dans ce récit d’une vie, l’auteur nous invite à la réflexion sur la comédie humaine. Avec un style d’une rare élégance, sur un registre tragi-comique, il offre le spectacle d’une Genève sublime et pathétique des trente glorieuses, du marché de l’art théatral et cinématographique. Lesquels ne sont pas plus reluisants que les habitants du petit village de Dordogne où il finit par s’enfuir avec sa compagne de toujours, Mousse. D’échecs en échecs, Walter Weideli captive son lecteur. Et nous livre au final la plus belle histoire d’amour quoi soit. Celle de son couple, comme de la vie.
Serge Bimpage

La partie d’échecs. Par Walter Weideli. Editions de L’Aire, 346 pages.

 


Par ici la poésie!
On aime la petite collection poésie des éditions de L’Aire. Ce sont de petits livres soyeux comme des gants de velours. Francine Bouchet vient d’y publier Champ mineur, délicieuse suite de strophes à la fois graves et légères. La poésie va bien à l’éditrice de La Joie de Lire ! Elle est suivie d’un court texte de Jacques Roman qui vient opportunément le confirmer. Dans un registre plus casse-cou mais à suivre aussi, Pierre Neumann s’essaye avec Sommeil de pierre à une prose poétique voyageuse. Des quatre coins du monde, il ramène les rencontres insolites qui ont eu l’art de luis soulever l’âme. Son écriture sonne comme un chant d’oiseaux migrateurs.
S.B.
Champ mineur, par Francine Bouchet. Sommeil de pierre, par Pierre Neumann. Editions de L’Aire.

 

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