08/06/2011

Le secret des petits riens de la vie

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Comme si elle n’était pas concernée personnellement, Pascale Kramer observe ce qui arrive aux autres. En une lente approche, qu’on dirait ethnologique, elle circonscrit son sujet, tournant autour comme elle fait de ses personnages. Et voilà le lecteur insensiblement emmené, au travers d’un geste, d’une remarque, d’un acte manqué, dans les replis obscurs de ce que le quotidien n’est pas sensé dévoiler.
Son précédent roman, L’implacable brutalité du réveil, scrutait le début d’une vie. L’histoire d’une jeune mère confrontée à l’absence de sentiment maternel. Un homme ébranlé explore quant à lui la fin proche. Celle d’un homme de cinquante ans, gravement malade, et l’incidence de l’odieuse et fatale perspective sur son proche entourage.
Ancien entraîneur sportif, Claude se meurt d’un cancer dans son pavillon de banlieue. A ses côtés, sa compagne Simone assiste, courageuse mais impuissante, à sa longue descente aux enfers. C’est alors que survient Gaël, fils illégitime de Claude avec un amour ancien, Jovana. C’est elle qui souhaite, dans ces terribles circonstances, présenter l’enfant à son père.
L’espace de ces quelques jours de visite, se tisse un huis-clos de silence et de douleur, où se joue l’ultime partition de la vie désormais impossible, où les plus simples gestes d’aimer, de manger, de jouer ou de courir semblent abréger la vie encore par le supplément d’énergie exigé. Simone reporte son affection sur Gaël. Claude le voudrait aussi mais il n’en a pas la force. 
Et c’est en orfèvre, sinon en entomologiste, que l’écrivaine genevoise cisèle le drame vécu par chacun des protagonistes. Où chacun se retrouve emmuré dans sa solitude,  déboussolé et incapable de modifier le cours de son destin. Restent les corps, pour toute évidence de ce qui se passe ou ne se passe plus entre les êtres. « Que deux corps mûrs seuls dans la nuit sont pitoyables quand il n’y a plus de désir. Peu à peu, le chagrin gagnait sur la honte… »
Pascale Kramer sait de quoi elle parle. Non seulement, au long de ses neuf romans, elle pratique avec une aisance confondante l’art des huis clos familiaux et conjugaux, mais elle a perdu un mari et un père, tous deux décédés du cancer.
Le plus saisissant, dans cet homme ébranlé comme dans toute son œuvre, réside sans doute dans l’approche : l’interaction entre les personnages, puis chacun d’entre eux, semble examiné par l’œil d’une camera qui se cantonnerait à filmer les petits riens. On dirait même qu’elle les traque, comme si eux seuls étaient susceptibles de révéler le pourquoi de ce cancer. A moins, au contraire, que l’œil-caméra de la narratrice ne se fixe sur ces petits riens, partant du constat qu’on ne saura jamais rien. Que ce qui compte, c’est l’espoir de la vie.
Le style de l’auteure suisse est tout entier dans l’apparent refus de l’introspection. Sa manière très personnelle d’ »épier » ses personnages, force cependant à la profondeur. Ajoutons-y un rare sens de la métaphore insolite : nul ne s’étonnera qu’elle ait été couronnée du prix Schiller et du prix Rambert.

Serge Bimpage

Un homme ébranlé, par Pascale Kramer, éditions Mercure de France, 133 pages.

 

Viva America !
Douze personnes livrent en pâture leur existence. Sans précaution oratoire, ils racontent une histoire qui les hante. D’une écriture à la fois dense et poétique, Reynald Freudiger brosse en toile de fond le portrait d’une Amérique latine en recherche d’elle-même. Ecrivain, chercheur et enseignant, l’auteur révèle un talent de conteur prometteur. On ne décroche pas de ces douze destins.
S.B.
Angeles, par Reynald Freudiger. Editions de L’Aire, 178 pages.

 


Les années de plomb
C’est un vrai bonheur de retrouver la plume de Yvette Z’Graggen ! Quelque peu atteinte dans sa santé. L’auteure genevoise conserve tout son punch et toute sa mémoire. Les anciens comme les jeunes revivront ou découvriront les années de guerre. Et le destin d’une femme, et avec elle, celui de toutes les femmes en quête de leur liberté. Un régal d’une rare jeunesse d’esprit pour une écrivaine née en 1920.
S.B.
Juste avant la pluie, par Yvette Z’Gragge. Editions de L’Aire, 162 pages.

Genève et son histoire
De Jules César aux Franchises d’Adhémar Fabri, en passant par la condamnation de Michel Servet ou la signature de la première Convention de Genève : Véronique Mettral et Patrick Fleury font revivre Genève. A l’aide d’une sélection passionnante et rigoureuse de documents historiques, ils font revivre la ville du bout du lac dans une triple perspective institutionnelle, helvétique et internationale.
S.B.
Histoire de Genève par les textes. Par Véronique Mettral et Patrick Fleury. Editions Slatkine, 300 pages.

Commentaires

Gueule de lèche-cul comme tous les membres de la bande à Mabut !

Écrit par : Corto | 11/06/2011

Un homme ébranlé... je crois connaissant P. Kramer, il y a un é de trop...

Écrit par : Anastase | 16/06/2011

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