05/03/2010

Il est temps de ne pas prendre la mer

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Comment ne pas songer, avec Philoctète, que de plus en plus nombreux sont ceux, de nos jours, qui abandonnent celui d’entre eux qui se révèle pourtant détenir l’arc et les flèches pour conquérir Troie ?
Comment ne pas se dire que nous vivons une époque masochique. Obsédée par le toujours mieux, le toujours neuf. Au point, dans son affolante impatience, de sacrifier l’artisan de la réussite…
O, dieux, quelle faute faites-vous donc payer aux hommes du pire sentiment qui soit - l’insatisfaction de ce qu’on possède - pour qu’ils se montrent aussi aveugles? 
Se rendant compte de leur erreur, les Grecs tenteront d’approcher Philoctète pour s’emparer de son arc et de ses flèches. Trop tard. Sa sincérité, la force de son verbe auront raison de la ruse abjecte de Ulysse comme de Néoptolème. L’exil forcé l’a rendu à lui-même. Fût-ce pour conquérir Troie, Philoctète ne prendra pas la mer.
Admirable pièce, que celle du théâtre de Carouge. J’étais au troisième rang et au centre. Laurent Terzieff me regardait : « Je suis faible sans rien et j’ai faim. Qui que vous soyez parlez moi. Que j’entende enfin une langue humaine. »
   

 

Commentaires

"O, dieux, quelle faute faites-vous donc payer aux hommes..."

Il ne faut pas chercher bien loin : c'est la Révolution française et le triomphe posthume de ces stupides petits marquis qu'on appelle encore, pour un temps, les Lumières.

Écrit par : Scipion | 06/03/2010

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