31/08/2009

Retour sur investissement du rêve

rebetez_pascal_150x150.gifC’est classique, plus on est éloigné plus s’impose à notre esprit ce qui nous est proche. Pascal Rebetez, lors de son séjour au Vietnam, a connu ce genre d’état entre l’ici et l’ailleurs. Il en sort un joli petit ouvrage intitulé Je t’écris pour voir. Tout est dans le titre : il y a comme une hésitation à se lancer dans ces lettres qu’il écrit à son ex amie, à son fils qui devient père, à sa mère ou à son ami artiste. Quels effets produiront-elles sur leur récipiendaire et surtout sur lui-même ? Ici opère la magie d’une écriture sobre et nostalgique, jamais ennuyeuse. Voyageur, écrivain, journaliste et éditeur, Pascal Rebetez fait feu de tout bois pour le grand plaisir du lecteur. Il se lance dans la rédaction de ces lettres sans filet, sans faux-fuyant ni peur de se livrer. Il en sort de beaux moments de partage dont il ne cherche jamais à tirer avantage, bien au contraire celui qui a « investi beaucoup de temps à rêver » n’hésite pas. Ainsi les confidences se succèdent, les associations d’idées, entre Hanoï et la Suisse, comme il en va en voyage. N’achève-t-il pas ce beau bouquet en avouant : « On se demande parfois pour qui on écrit. Pourtant autrefois, au jeu de l’escamotage, je ne manquais pas d‘adresse. L’art désormais m’a fait faux bond. Il ne me reste que des histoires. J’écris pour voir (ce qui a disparu). » Rien ne se perd, rien ne se crée. Ces lettres intimes sont le ruban de toute une vie.  A nous d’en découvrir le cadeau.

Je t’écris pour voir, par Pascal Rebetez. Editions de L’Hèbe, 153 pages

27/08/2009

Suisse-Libye : du flirt à la scène de ménage

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Le feuilleton de l’été kadhafien qui s’achève (vraiment ?) pose quelques questions. Graves, me semble-t-il. Une parmi d’autres : quel lien, quelles contraintes y-a-t-il, découlant d’une autre histoire d’enlèvement de deux autres otages suisses. Deux délégués du CICR, en 1989, libérés par l’intervention d’un certain colonel Kadhafi ? Singulièrement, les médias n’ont pas évoqué ce triste épisode. Il n’est pourtant pas sans incidence dans les relations actuelles entre la Suisse et la Libye.

 

 

Un peu de mémoire, que diable. Le pays entier s’était ému de l’enlèvement de Emmanuel Christen et Elio Erriquez, dans le Sud-Liban. Passons sur les raisons de ce rapt, trop délicates à évoquer. Retenons qu’alors les deux délégués Croix-Rouge n’avaient été libérés, après moult et pénibles tractations, que neuf mois plus tard contre une rançon de 5 millions. Qu’est-ce qu’on avait polémiqué autour de cette rançon, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’une partie importante de cette somme avait été versée par Kadhafi ! Officiellement, il avait cassé sa tirelire pour prouver son attachement au CICR. Officieusement, il avait d’autres motifs de se faire bien voir par la Suisse : depuis longtemps, les pétroliers lybiens cherchaient à mettre la main sur Gatoil Suisse SA, ses 300 stations d’essence et la raffinerie de Collombey. Plusieurs pays étaient d’ailleurs sur les rangs. Trois mois avant la libération des otages, c’est à la Libye que le marché avait été attribué.

Apparemment, la tractation ne mangeait pas de pain. Obtenir à la fois le payement, la libération des otages tout en trouvant un accord d’approvisionnement avec un pays producteur de pétrole, chapeau ! Hormis quelques empêcheurs de tourner en rond, tel le journaliste d’investigation Roger de Diesbach (Presse futile, presse inutile, Slatkine), ce flirt avec la Libye avait vite été oublié. Sauf que le temps n’oublie rien. Les mauvaises fréquentations vous tiennent par la peau des fesses. Toujours. Vingt ans après, la scène de ménage de cet été met dans l’embarras toute la famille diplomatique. Vingt ans de déculottée.