04/03/2009

Lettre à mon fils qui adore la Julie

 

alexis asie.jpgJe te jure, j’ai relu la date du journal, hier matin, pour être sûr qu’on n’était pas le 1er avril : la Julie vendue - et tous les autres journaux d’Edipresse – au groupe zurichois Tamedia ! Avec la remise du prix Giono à Amélie Nothomb, ça m’a fait ma journée. La veille au soir, j’avais été écouté Piccoli jouer du Thomas Bernhard. Il rappelait comme le monde était devenu fou…
Chut, pas de jugement de valeur. Démodé. D’ailleurs, je n’ai pas vu un seul commentaire à ce propos sur les blogs. Il faut dire que par les temps qui courent, la nouvelle passe comme une lettre à la poste, encore que même le courrier a de la peine. Je me demande simplement ce que tu en penses, du fin fond du Cambodge. Tu te rends compte, ton journal vendu aux Zurichois ! Ce que ça va changer ? Aucune idée, fiston. Si, j’en ai une petite... et j’espère me tromper. Chut, attendons. Mais peut-être penses-tu que ça n’a aucune importance, que nous devons accepter, c’est l’époque, que la géographie et les questions d’identité et de patrimoine soient chamboulées. Qu’enfin c’est le progrès, comme les opérations médicales télécommandées à distance.
Pour être franc, je voulais d’abord écrire une lettre ouverte à Pierre Lamunière. Ce qui me titillait par-dessus tout, c’était de savoir comment il supportait l’idée de brader ainsi l’immense effort de son père. Qui plus est, s’agissant tout de même de presse et non pas de savonnettes, ce que ça lui faisait, symboliquement, de vendre tout un pan du patrimoine culturel romand à l’outre Sarine. Ceux qui le soupçonnaient de ne pas avoir beaucoup d’affection pour ses titres suisses doivent être confortés. Mais peut-être que Jacques Pilet a raison, que l’identité de chaque titre et le talent de son équipe sont déterminants. A moins qu’il ne puisse dire autre chose, vu qu’il a passé de l’autre côté comme attaché à la direction de Ringier.
Que de questions ! J’ai préféré te les adresser, fiston. Quand tu as rendu ton travail de maturité sur L’Avenir de la presse écrite en Suisse romande (http://www.sergebimpage.ch/tm-alexis-bimpage/index.html, mention très bien), tu m’as dit ta perplexité de l’avoir spontanément anglé « économique » : si tu avais rédigé le même travail vingt ans plus tôt, il eût été plus « idéologique ». Bonne remarque. Le journalisme n’échappe désormais plus au marché. C’est son drame. Ce qui le musèle. Mais chut… Bonne poursuite de ton voyage sabbatique, et merci de tes commentaires.

Commentaires

c est vrai que meme depuis le fin fond de mon cambodge comme tu dis, la nouvelle m a bluffe. mais bon, quand je vois la qualite de la presse dans les pays d asie j ose a penser que nous sommes tout de meme chanceux dans notre bonne vieille suisse!
bisou du vietnam

Écrit par : alexis bimpage | 24/03/2009

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