09/10/2008

Qu'en penses-tu, Borges?

borges02_1221253893.jpgEh oui, les dés sont jetés : Pierre Assouline a perdu son procès en diffamation contre la veuve de Borges. La 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris a condamné l’écrivain (Assouline, pas Borges, encore que…) ainsi que le « Nouvel Observateur » à verser un euro de dommages et intérêts à Maria Kodama, à 1000 euros d’amende et à régler les frais de justice ! Voilà ce qui arrive, par les temps qui courent, à ceux qui ont l’outrecuidance de défendre l’un des plus grands représentants de la littérature mondiale - cependant que ceux qui précipitent les multinationales et les banques dans le gouffre restent impunis. Loufoque époque…
Pierre Assouline a eu le tort d’être le premier à évoquer l’énigme de la non réédition des deux volumes des « Œuvres complètes » de Jorge Luis Borges parues dans la Pléiade en 1993 et 1999. A leur parution, le succès avait été immense. Or, vingt ans plus tard, Maria Kodama en interdit la réédition. Pourquoi diable ? Les lauriers tressés à leur maître d’œuvre auraient-ils indisposé la veuve de l’écrivain, on connaît trop le syndrome de la veuve en littérature ? Ou serait-ce pour d’autres raisons, plus obscures encore ?
Il cherche, découvre le livre du journaliste et avocat Juan Gasparini, qui avait publié « La dépouille de Borges ». Tiens, tiens, ce livre lui-même avait lui aussi été attaqué en justice par Maria Kodama. En vain, elle avait été déboutée. C’est donc en  toute bonne foi qu’Assouline pouvait estimer s’appuyer sur l’ouvrage, qu’il qualifiait de « récit balzacien de manipulations testamentaires". On le croira ou non : c’est pour cette phrase qu’il a été condamné. Borges s’en retournerait dans sa tombe.
Picasso aussi : quelques semaines plus tôt, devant le même tribunal, notre amie Pepita Dupont, auteur du livre « La vérité sur Jacqueline Picasso », se voyait condamnée à verser un euro pour diffamation à l’héritière. On restait loin des 200.000 euros demandés par les plaignants mais, symboliquement, la justice affichait son bord, celui de clouer le bec aux empêcheurs de tourner en bourrique. Quand je pense qu’au même moment, le comédien et metteur en scène genevois Patrick Mohr se faisait arrêter et tabasser par les flics devant le Palais des Papes, en Avignon. Cela, au simple motif de leur avoir fait remarquer qu’il était singulier, tout de même, de vérifier leurs papiers des seuls artistes de couleur de la place et non des blancs, je me dis que oui, décidément, l’époque est loufoque…