03/06/2008

Le bel Obèse: un livre immense!

637450314.jpgDe l’aveu de l’auteur, Le bel obèse est une exception dans son œuvre. Dans aucun de ses quelque trente ouvrages il n’a utilisé de personnalité du monde du spectacle, « ni de quelque monde que ce soit d’ailleurs » pour créer un personnage. Qu’est-ce donc qui a poussé Claude Delarue à s’intéresser de si près à un monstre du cinéma, en l’occurrence un certain Michael Brandès ? Une incontestable empathie, tout simplement ! Et aussi, si l’on songe à l’œuvre de Claude Delarue, l’immensité du sujet que représente la star qui n’est autre que… Marlon Brando. Elle lui permet de fouiller davantage encore ses thèmes de prédilection approchés dans de précédents ouvrages tels que Les chambres du désert ou La comtesse dalmate : les liens singuliers entre création et destruction, amour et haine, génie et passion.
Côté intrigue, comme toujours, Delarue est un as. Brandès se terre sur l’île suédoise de Farö, là où avait vécu la seule femme qu’il ait vraiment aimée. Une autre femme, Laure Danielli, romancière à succès le rejoint. Elle compte se venger d’une humiliation qu’il lui avait fait subir dans sa jeunesse alors qu’elle était actrice. Dans ce dessein, elle achète une maison voisine et entame (tiens comme Delarue lui-même) la biographie romancée de la star (tien tiens, Brandès lui-même en commandera une à l’écrivaine). Bref, rien ne manque pour donner au Bel obèse les allures d’un thriller. Fausses-pistes et chausse-trape rivalisent avec les effets de masques et les revirements. Or, n’en rester là reviendrait à passer à côté du livre. A cet égard, Claude Delarue, qui nous avait parfois habitués à des profondeurs herméneutiques, cite malicieusement Hofmannsthal : « Il faut cacher la profondeur. Où cela ? En surface. »
A la vérité, l’écrivain genevois nous propose une mise en abyme de son cru. Car, dans cette descente aux enfers d’un mythe du cinéma, en proie à une boulimie masochiste, c’est à la fois au symbole de la société du spectacle et aux paradoxes humains que Delarue s’attaque. Le désir et ses inscriptions y occupent une place centrale. L’anorexie de Laure Danielli prend sa source dans la blessure que MB lui a infligée vingt ans plus tôt, la boulimie de ce dernier dans la solitude d’une star qui n’est dupe de rien. A travers les jeux de miroir, c’est au final la relation à la réalité et, par conséquent, la place de la création qu’interroge Delarue. Au service de cette interrogation, dans ce huis-clos insulaire aux des allures de retraite, la puissante écriture de l’écrivain garantit, à l’image de son sujet, que Le bel Obèse est un livre immense.
Serge Bimpage
Le bel obèse, par Claude Delarue. Editions Fayard, 357 pages.


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