31/03/2008

"Ville de Genève": mauvais carnet!

Retour de Paris. Plus précisément, du Musée des arts premiers, au quai Branly. Après l’architecture d’une enthousiasmante audace due à Jean Nouvel, l’enchantement ne fait qu’amplifier au fur et à mesure de la visite. Au travers d’un parcours parmi les arts primitifs des continents, ponctué d’une très inventive interactivité muséographique et de démonstrations sous forme de contes pour les enfants, on ne songe déjà qu’à revenir. Et voilà soudain que surgissent les fantômes de Genève : fort nombreuses sont les pièces qui proviennent de la collection… Barbier-Muller ! La nostalgie vous prend à la gorge. Comment ne pas déplorer une fois encore l’incapacité de la « Ville de Genève » à ériger un musée d’ethnographie ? Au vu de la richesse de « nos » collections, nous avions tout pour le faire. Monsieur Barbier-Muller avait de surcroît offert jadis ses services et ses trésors dans ce but. Or, la Ville, en sa légendaire pusillanimité, s’est montrée incapable de valoriser notre patrimoine, ni de convaincre de ce beau projet pour Genève. Désormais, Barbier-Muller se déploie donc à Barcelone et à Paris, où le succès ethnographique enrichit ces capitales à tous points de vue. Pendant ce temps, les contribuables trinquent. Pour alimenter une commune et un Département des affaires culturelles qui se prennent pour un royaume. Et dont on se demande chaque année davantage la légitimité.

00:01 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

16/03/2008

Le Valais merveilleux d’Alain Bagnoud

 

En cuisine, l’omelette est la plus difficile à réussir. Obtenir le velouté voulu, tout en respectant la singularité de l’œuf, c’est tout un art. Il en va pareillement du récit de vie. L’élever au rang de littérature, l’universaliser sans dénaturer le caractère personnel des ingrédients est une gageure.
Eh bien, Alain Bagnoud est un bon cuisinier ! Dès la première ligne (« de l’extérieur de la maison venaient les grommellements, les bouillonnements brusques qui m’avaient tiré du sommeil. Des son inhabituels enchâssés dans le bruit du torrent…»), sa « Leçon de choses en un jour » se déguste.
Un jeune garçon s’éveille le matin de son anniversaire. Il reçoit le plus beau cadeau qui soit, réalisant qu’il vient d’entrer dans l’âge de raison. Perspective exaltante, dont la matérialisation se révélera cependant plus ardue que prévu. Nous sommes dans les années soixante, en plein cœur d’un petit village vigneron du Valais. Le héros commence à comprendre les arcanes de cette société rurale ; sa hiérarchie, ses règles, ses désirs et ses angoisses de modernité.
Alain Bagnoud emmène son lecteur par la main dans le quotidien rugueux et merveilleux de la vigne, de la maison, de l’école et de l’église. Tout un univers où le monde semble s’être arrêté devant le seuil du progrès ; tout un monde de petites gens au cœur gros comme les montagnes avoisinantes, qui parlent un patois dont l’auteur nous gratifie de la saveur. Avec un rare talent d’évocation et une justesse de ton qui soude ce récit de longue haleine, il brosse ici un portrait lumineux du Valais que Chappaz ne renierait pas.
Serge Bimpage
« Leçon de choses en un jour », par Alain Bagnoud. Editions de L’Aire, 292 pages.