04/02/2008

L'inquiétante étrangeté de Lovay

De quoi diable faut-il être armé pour lire Lovay ? De laisser-aller, je crois, de lâcher-prise comme on dit de nos jours. Chacun de ses livres, des Régions céréalières à Cervelle omnibus, en passant par le célèbre Convoi du colonel Fürst, se présente comme du poil à gratter pour les lecteurs. Rares sont ceux qui parviennent à lire jusqu’au bout. Et pourtant tous, ou presque, d’admettre qu’un ton, une musique, une étrange étrangeté s’imposent peu à peu pour devenir comme ces ritournelles obsédantes : unique et inoubliable.
Extrait du quatrième de couverture de Réverbération, en guise de présentation : « L’ancien meilleur apprenti pleureur final Krapotze espérait encore être élu Grand Suicideur, pendant qu’il emmenait son fidèle complice chez Frauline-l’Illuminatrice, là où elle ne pourrait donner naissance à l’unique brodeur de linceul pour oiseaux, le Grand Rapetissé, qu’après avoir refusé d’en pleurer la future disparition et rendu sa liberté à l’unique larme encore prisonnière de son âme. » Mais stop, s’il est une œuvre irréductible, c’est bien celle-ci.
Certains n’y voient qu’une écriture autistique. Certes, l’écriture de Lovay ouvre sur un univers hanté par la folie, les complots et machinations. Mais tout se passe comme si le narrateur campait à sa frontière : un pied dedans, un pied dehors, posture du poète. Nulle forclusion : c’est bel et bien dans le réel que l’écrivain puise son inspiration ; pour le capturer, le phagocyter et nous le faire percevoir autrement. Comme dirait Nathalie Sarraute, Lovay écrit dans la folie - pour se relire dans la normalité.

serge bimpage

Réverbération, par Jean-Marc Lovay. Editions Zoé, 149 pages.

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