13/10/2007

La sourde force de "Fracas"

  
L’œuvre de Pascale Kramer est comme une eau-forte, une sculpture délicate dans l’épaisseur infinitésimale du papier… jusqu’à ce que tout explose. Ainsi de ce nouveau Fracas. Le drame, on le devine, on le redoute dès le début - à peine apprend-t-on que Valérie doit rejoindre ses parents, un couple de Français installés en Californie. Rapport à ce gros rocher qui, suite aux éboulements ayant dévasté la région, menace d’écraser le jardin.


Sur place, Valérie est fatiguée d’avance au spectacle de ce chaos déprimant. Or, sa mère n’a pas vraiment besoin d’aide. Ses mots comme ses gestes, elle les réserve aux choses utiles, à remettre en ordre la maison inondée, de même que la piscine souillée. Quant à son père, il a d’autres urgences : comme celle de rejoindre à l’hôpital la jeune fille qui garde les enfants de son fils. Elle vient d’avoir un accident. Que se cache-t-il derrière l’empressement paternel ? Pourquoi s’est-elle jetée sous une voiture ?

Comme dans « Onze ans plus tard », le drame s’annonce dans les gestes et les paroles quotidiens, autant de refus muets aux questions que voudrait poser Valérie. L’angoisse monte. Le rocher risque de s’écraser sur la maison, douce métaphore à côté de la menace d’éclatement familial.

Servi par une écriture ciselée et riche, ce Fracas-là risque bien de faire du bruit. Bien plus que l’art du suspense, Pascale Kramer a celui de la langue. Son style sec, précis, tendu, sonne comme des pierres de silex frottées l’un contre l’autre. A force, surgit l’étincelle éblouissante.


Serge Bimpage


Fracas, par Pascale Kramer. Editions Mercure de France. 158 pages.
 

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