25/09/2007

Au secours (de) l'édition romande!

La fin de l’édition romande est-elle pour bientôt?

Il est un événement littéraire qui touche en plein cœur au destin même de l’édition romande: la sortie de l’ouvrage (provisoirement épuisé) Beau comme un vol de canards. On le doit à la plume du Veveysan Michel Moret, directeur des Editions de L’Aire. Sous-titré Cent jours de la vie d’un éditeur, ce journal débute le 9 octobre 2006 pour s’achever le 19 janvier 2007. Il donne à entrevoir, sans le dire, avec une rare poésie, comme notre pays assassine l’édition suisse.

Moret se garde de tout procès. Ce cœur généreux, ancien libraire au physique de Depardieu, dont la force tranquille est parvenue à publier plus d’un millier de livres en quarante ans d’activité, ne fait nullement dans la lamentation. «Vite, avant de mourir, on fait des bêtises, moi j’ai fait celle-ci: écrire un petit livre qui relaterait la vie quotidienne d’un éditeur romand. »

Ce n’est qu’en filigranes de ce journal sensible que Moret aborde ses soucis d’éditeur. Ici, il s’interroge sur l’insuccès de tel ou tel livre; là, il espère un brillant avenir pour tel auteur. Pas une once de triomphalisme ni de défaitisme. Une parole ferme et authentique. A peine si, au détour d’un paragraphe, il confie:

«Pas facile de me trouver un successeur car les jeunes éléments qui ont les capacités n’ont pas d’argent. Et aujourd’hui, les banques se battent pour gérer des fortunes, mais refusent d’accorder un crédit à un jeune entrepreneur…» Qu’on ne s’y trompe pas: l’air de ne pas y toucher, Moret aborde la question urgente du destin des éditeurs — et donc du livre — en notre contrée. Qu’en sera-t-il de l’édition romande dans dix ou quinze ans?, s’interrogeait opportunément le critique et écrivain Jean-Louis Kuffer. Qui prendra la relève à la direction de L’Age d’Homme, dont Vladimir Dimitrijevic, type du fondateur peinant à passer le relais, a largement franchi le cap de la septantaine; et Marlyse Pietri (Zoé) ou Michel Moret (L’Aire), sexagénaires, trouveront-ils des successeurs? Seul un prophète pourrait répondre.

Car il n’est pas inutile de rappeler qu’en Suisse romande plus de quarante librairies ont fermé leurs portes depuis 2001! Que le chiffre d’affaires de la librairie entre 1996 et 2004 a baissé de 19% dans notre pays. En un mot, l’éditeur romand a perdu une cinquantaine de voies possibles pour rendre ses livres accessibles au public. Pour s’en sortir, il devra diminuer ses tirages, donc ses marges qui n’ont jamais été folichonnes; les réduire encore met en question sa survie. Au total, le nombre de maisons d’édition suisse a reculé de 15% rien qu’entre 2001 et 2005; cela non pas en raison de manque de lecteurs mais pour mais pour de seules questions économiques.

Alors, Messieurs les politiciens, même si cela n’est pas rentable électoralement, de grâce, prenez conscience qu’une politique active du livre (actuellement inexistante) et une aide à l’édition (en constante diminution) est indispensable! Faute de quoi, l’édition littéraire romande crèvera.

Ce qui est un comble dans l’un des pays les plus riches du monde.

12:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

IIl fut un temps où le livre était bien plus qu'un objet physique,
Il avait une âme, comme la mie du bon pain.
Aujourd'hui, trop souvent, ce n'est que le moyen de "faire du fric",
Vraiment tout le contraire de gagner son pain.

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 25/09/2007

Oui, la fin de l'édition romande est pour tout de suite. C'est pourtant une lectrice qui vous répond. Une lectrice qui ne lit plus que les éditions de poche; une lectrice qui ne lira probablement aucun des titres de la rentrée littéraire.

Dans votre article vous parlez justement de petits livres. J'ai bien compris, il ne s'agit que de petits livres dans le sens du nombre de pages pas du contenu qui peut se révéler intéressants et d'une grande qualité littéraire. Cependant, acheter plus de 25 frs un "petit livre" même excellent et joliment imprimé c'est trop cher payé. Je dis non ! J'ai dit non au nouveau petit livre d'un ami publié en Suisse. Non, je ne marche plus dans ce genre de combine. J'aime lire, mais il y a des limites et c'est mon budget qui me les fixe, c'est aussi simple que ça ! Oui au contenu mais non au contenant. Nous vivons à une époque où un livre de 80 pages ne devrait pas coûter plus de 10 frs !

Écrit par : méchante madame | 26/09/2007

Méchante madame, comme tu as raison! pour ma part, je me limite même au rayon "2€" de Payot (4frs)... mais il faut certainement soutenir la littérature romande, qui est de bonne qualité, et foisonnante! (d'ailleurs peut-être un peu trop, pour une si petite population?)
nous attendons les solutions (forcément politique?), ou le sauveur (in)espéré...

Écrit par : Dimus | 27/09/2007

2 euros = 4 frs ? même avec l'ascension de la monnaie communautaire on prend encore et toujours les suisses pour des cochons de payant...

Il reste heureusement la possibilité de traverser la frontière ou, mieux encore, de se fournir dans les livres d'occasion !

"j'aime ce sentiment de camaraderie qu'on éprouve à tourner les pages que quelqu'un d'autre a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu'un, disparu depuis longtemps, attire mon attention." Helene Hanff

Écrit par : méchante madame | 30/09/2007

Madame (qui n'est pas aussi méchantequ'elle ne le dit),

€ 2.- = SFr 4.-
Ce taux de change a été instauré dans les librairies suisses parce que, si certains libraires savent lire lorsqu'il y a des virgules, tous ne savent pas compter si il y en a!

Écrit par : L'anar de droite | 30/09/2007

Voilà qui me faites bien rire. Vous mettez 80.- pour une place de concert, une centaine de francs pour un respas au resto, 15.- pour une place de cinéma mais 25.- pour un livre, c'est considéré comme trop cher! Alors que tout les services cités ci-dessus ne durent que le temps de leur prestation! Un livre vous le gardez toute votre vie, vous le faites circuler vous le tenez dans vos mains, le respirez!!! un poche ne passera pas dans les mains de plus de 3 personnes avant de finir en feuillets détachés. quant à la conversion, monsieur de droite, je vous prierais de vous renseigner. Les prix ne sont pas fixés par les libraires!!!!!
Tant d'hypocrisies me fait malheureusement penser que si l'édition suisse disparaîtra ce sera à cause de personnes comme vous!

Écrit par : spertini | 17/01/2008

@ Spertini,

"Tant d'hypocrisies me fait malheureusement penser que si l'édition suisse disparaîtra ce sera à cause de personnes comme vous! "

Passez donc un coup à la maison, j'ai sur mes étagères plein de livres suisses ou autres à vendre, histoire de pouvoir me payer un concert à l'occas, voir un resto à 15 francs (si ça existe encore ?)

Écrit par : méchante madame | 17/01/2008

PS: Je vous ferai des prix...

Écrit par : méchante madame | 17/01/2008

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