24/08/2007

La beauté trop classique du Palais Garnier

 

Le scénario est original et émouvant. Un jeune garçon, à qui son père fait découvrir les merveilles du Palais Garnier à Paris, tombe amoureux éperdu d’un petit rat de l’Ecole de danse. Or, la jeune danseuse meurt dans un accident de voiture. Commence pour lui un singulier apprentissage de deuil fondé sur une chimère, si douloureux qu’il trouvera un moyen non moins chimérique de la retrouver par-delà la mort : il la fera revivre par le biais de la rencontre de sa meilleure amie… On ne racontera pas ici la fin rebondissante.
Beau sujet que ce roman, quelque peu mal titré, Ma seule étoile est morte. Il cumule des intérêts variés, allant de la découverte du Palais Garnier et de ses coulisses à l’initiation à la culture et à l’amour de notre héros. Il ajoute encore celui d’une plongée dans l’univers adolescent et dans une famille contemporaine en proie aux joies et vicissitudes d’en être une en ce début de siècle.
Ecrit au scalpel, avec cette force analytique et philosophique propre à Etienne Barilier, le récit tient le lecteur en haleine en dépit de sa longueur. Or, il y parvient moins en raison de son intellectualisme quelque peu fastidieux que de son suspense. C’est le travers de l’ouvrage : au lieu d’être vécues, les pensées sont écrites. « A sa mère, il garde du respect, notamment parce qu’elle comprend les arcanes de l’informatique. Papa, c’est différent. Philippe sent que son fils aîné commence de le tenir pour un parasite hâbleur, ou peu s’en faut. Et lui-même a trop œuvré à dénigrer sa propre discipline. Comment pourrait-il demander à Julien de la respecter ? »
Trop étiré, explicité, illustré, le développement laisse peu de respiration à force de détails entre lesquels l’imagination du lecteur peine à s’immiscer. A telle enseigne que la dérision visant cette famille conventionnelle, servie par une écriture classique et par trop appliquée, finit par se retourner contre elle-même.

Serge Bimpage
Ma seule étoile est morte, par Etienne Barilier. Editions Campiche.

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