17/07/2007

La lumineuse poésie d’Alexandre Voisard

Il est des œuvres lumineuses, si sincères et poétiques qu’elles vous portent plus que vous ne l’auriez espéré. Phénomène rare. Qui explique, avec l’opiniâtreté qu’on lui connaît, le désir de l’éditeur Bernard Campiche de rééditer celle d’Alexandre Voisard.
L’Intégrale 5 en poche du grand écrivain (poète de la révolution jurassienne, personnalité influente de Pro Helvetia, Prix Schiller et membre de l’Académie européenne de poésie) comprend de la prose et des récits. Réunie en deux tomes et superbement mise en page, elle constitue un kaléidoscope éclatant de son génie.
Louve ouvre cette somme. Un récit initiatique, où se rejoignent poésie, fiction et réalisme fantastique pour composer, comme l’annonce André Wyss qui a préparé l’édition, « l’allégorie de l’homme mûr qui s’interroge sur soi ». Le personnage central se promène en montagne. Il entre au hasard dans la maison d’un hameau. Une femme est là, qui se révèle à la fois fille-femme, femme-mère, sœur-maîtresse, femme-paysage, femme-terre… Objet de désir, certes, mais loin de la banale sauvageonne : elle constituera le miroir du présent comme du passé de l’homme dans son errance.
L’initiation – éternel conflit entre désir et réalité - et la sagesse sur laquelle elle voudrait déboucher, est un thème récurent chez Voisard. Celle de Raton, jeune héros de L’année des treize lunes, embrasse aussi bien l’éveil à la sexualité, au groupe social et au côtoiement déroutant de la vieillesse. Celle encore de la future veuve de L’Adieu aux abeilles évoque frontalement la préparation à la mort de l’être aimé…
On chemine avec les personnages de Voisard comme avec un ami qu’on n’a pas revu depuis longtemps ; on le redécouvre, on l’observe en coin, on compare sa vie à la sienne. Non sans une touche d’amertume : ces personnages se croisent mais peinent à communiquer ; ils sont articulés par une poésie « tendre et cruelle, sourde et aiguë » (Wyss), d’où surgit la vraie vérité, sans fard ni détour. Et l’on se dit, comme si on l’avait oublié, Dieu que la vie est belle !

Serge Bimpage
Prose I, Récits,  par Alexandre Voisard. L’Intégrale 5, campoche. Bernard Campiche Editeur. Deux tomes.

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