13/07/2007

La beauté du reste de nos dix-huit ans

 

Il est des livres qui attendent sagement leur heure sur votre table de nuit, patientant que leur propriétaire en ait fini de ses petites affaires. C’est le cas de L’année où j’ai appris l’anglais de Jean-François Duval, paru voici quelques mois Je l’ai ouvert, lu les premières lignes « Un an avant qu’Armstrong n’aille sur la lune, j’ai failli mourir… » et l’ai dégusté d’un trait.
On sait dès les premières pages que le héros Chris, dix-huit ans, a échappé à un accident de voiture. L’intérêt qui s’ouvre alors, pour lui comme pour le lecteur, n’est autre qu’une existence envisagée sous un jour neuf, lucide et émerveillé. Tandis qu’en France clament les émeutes de 1968, le jeune homme découvre l’Angleterre, sa langue et la musique rock qui ponctue le récit telle une bande-son.
La révolution de Chris est celle, rock and roll, des amitiés et des amours fondateurs. A Cambridge, il croise Mike, guitariste et compositeur hors pair de protest songs, Barbara à l’âme acérée et enjôleuse, Simon le collectionneur de voitures anciennes, Suliman  en provenance du désert d’Arabie saoudite et Maybelene qui essaie timidement sa séduction sur Chris. Autant de personnages attachants, le temps d’un séjour linguistique, tous sens éveillés au vent nouveau des Beatles, Stone, Cream et autres folk blues, fréquentant les salles de cinéma, les bals pop et découvrant les premiers émois amoureux le long des rivières.
A mi chemin entre l’autobiographie et la fiction, le récit conduit d’une plume sobre et délicate, impose une petite musique nostalgique qui fait contre-point au chahut rock : celle, exaltée et mélancolique de cet âge adolescent où se cherche l’amour et l’existence. Derrière l’apparente légèreté des tribulations des personnages se joue le drame du passage à l’âge adulte et son cortège de désillusions et de séparations.
Plus tard, retrouvant son amour d’été Maybelene, Chris réalise sa douleur : « Je suis allé la voir dans son pays tout un week-end pour lui prouver que rien n’avait changé, qu’on était toujours Maybelene et Chris. Mais nous ne l’étions plus. Nous avons essayé d’en rire… Mais l’instant d’après, elle était en pleurs. » Par la magie de son évocation, touchant à l’universel, L’année où j’ai appris l’anglais résonne longtemps après l’avoir refermé. Il est de ces ouvrages qu’on n’abandonne pas au fond de sa bibliothèque.

 

L’année où j’ai appris l’anglais, par Jean-François Duval. Editions Ramsay, 265 pages.

 

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