12/07/2007

Renaître à l’enfant mort


Bien des signes avant-coureurs s’étaient manifestés, annonciateurs du drame. Depuis quatre ans que le couple habitait la maison, cette dernière n’avait jamais accueilli d’oiseaux. Et voilà qu’au moment même où L*** tombe enceinte, s’installent ces rouges-queues sur l’encoignure de la fenêtre. Quelque temps plus tard, ils sont morts et les œufs brisés.  Et puis, cette discussion du narrateur avec ses collègues, portant sur Montaigne et sa singulière froideur devant la mort d’une de ses filles. Et d’autres…
Au plan médical, les premiers symptômes sont apparus une nuit  d’été. L*** se sent mal, les pertes ne sont pas normales, elle ne parvient pas à dormir. Le couple se précipite à la maternité, laquelle devient le théâtre de l’horreur. L’enfant ne naîtra pas normal. L’acharnement des médecins n’y pourra rien. En quelques jours de douloureux espoir, la vie du couple bascule devant l’enfant sans vie. Vers quoi ? Toute la question est là. Comme le note Pierre Béguin : « Comment peut-on, et surtout qui peut-on renaître de la mort de son enfant ? »
Avec une analyse, un détachement feint qui évite habilement que ce récit ne bascule dans le pathos, le narrateur revient sur les circonstances de l’inacceptable et en décortique les plis et les replis de manière haletante. Pour envisager en connaissance de cause, pourrait-on dire, à la manière d’une reconstitution judiciaire les éléments d’espoir qui permettront au couple de survivre. Dépassée la révolte contre les médecins, puis celle contre soi, puis celle contre L*** qui finit par se claustrer dans un repli sur soi dont le narrateur comprendra toute l’authenticité instinctive du deuil, enfin peut-on se tourner vers la question de la vie.
Si « Jonathan 2002 » parvient à sortir des ornières du récit de vie pour toucher au littéraire, c’est tout autant grâce à l’interrogation de l’écriture. Où l’auteur constate que tout le drame était déjà contenu en germes dans sa précédente fiction « Terre de personne ». « C’est peut-être cela aussi, l’écriture, le langage muet des choses à venir. » Si la langue est une patrie, l’écriture est une renaissance. Pierre béguin le démontre avec conviction.

Serge Bimpage

Jonathan 2002. Par Pierre Béguin. 115 pages, éditions de L’Aire.

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