11/07/2007

La guerre comme si vous y étiez

Ce petit livre est à conseiller à tous ceux qui, de Suisse, ont connu la guerre. Et à tous ceux qui ne l’ont pas connue. L’histoire qu’il raconte non seulement part de ce chemin Venel à Genève, mais s’y enferme également. Manière de dire que les turpitudes de la guerre éclaboussent tout autant ses protagonistes que ceux qui en étaient en marge – les Suisses par exemple.
Le destin de Nelly Aubry est à cet égard exemplaire. Devenue diva, ses premiers récitals furent donnés au Jardin Anglais. Avec Marcelle, pianiste aussi talentueuse qu’excessive, passionnée et occasionnellement mariée à un médecin bulgare, se noue une belle complicité au travers d’irrésistibles tournées dans l’Allemagne brune des années trente et dans les villes baroques slaves.
Or, la fatalité conduit Nelly Aubry et sa pianiste à Budapest : là, elles sont arrêtées par la Gestapo avant de rejoindre le camp de Rechlin. Durant des semaines elles connaissent la terreur et la privation. Elles ne devront leur salut qu’à l’amour du mélomane commandant Werner Richter pour Schubert…
Ecrite par la fille de la diva, cette histoire sonne d’une irrésistible justesse : celle de ce qui fut en effet, sans détours ni pathos, d’une plume simple comme la vérité, d’une tendresse contenue à vous arracher par moments les larmes.

Serge Bimpage

Chemin Venel, par Martine Chevalier. 293 pages, éditions de L’Aire.

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