07/03/2011

jacques roman ce soir!

logo Compagnie.jpgLundi 7 mars, de 18h30 à 20h00
Soirée exceptionnelle autour du comédien et auteur
Jacques Roman

Animation : Serge Bimpage
Avec la participation de Vincent Aubert, comédien

Pour offrir un plus vaste espace aux passionnés de littérature romande, la Compagnie reçoit désormais ses auteurs
 au restaurant de la Mère Royaume,
4 Place Simon-Goulart (parking à la gare Cornavin)
Bar, possibilité de se restaurer après. Nous recommandons vivement la cuisine de Loumé !


S’il est un homme dont l’imprévisibilité généreuse installe un climat poétique et d’échange, c’est bien Jacques Roman. Avec lui, et autour de son œuvre, nous envisagerons l’importance de la lecture et de l’écriture comme autant de formes de résistance.
Renseignements : 078 680 49 53.

 

04/10/2010

Des lapsus en veux-tu

(Sur l’air de Dutronc)
J’aime les lapsus de chez Rachid
J’aime les lapsus de Villepin etc.
Si vous êtes comme moi, téléphonez mi !
Rachida Dati : « Les fonds d’investissement qui veulent une "rentabilité à 20, 25 %, avec une fellation quasi-nulle"
Eric Woerth : "J’ai lancé toutes les procédures pour renforcer la fraude fiscale"
Nicolas Sarkozy : "Une partie des Français se dit : ‘il fait une politique pour quelques uns et pas pour tous'. Si les Français croient ça – et ils ont raison de le croire – je dois en tirer des conséquences immédiates…"
Dominique de Villepin : "Attendons le Conseil constitutionnel qui prendra sa démission demain".
Ségolène Royal : "Il faut redonner de la précarité, c’est un vrai combat".
François Hollande : "Il faudra leur rappeler cette leçon simple, que si l’on veut battre la gauche, y a qu’avec la gauche, pardon… ".

17/11/2009

Les minarets hors sujet

 

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La votation qui s’annonce nous aura appris bien des choses. Premièrement qu’elle est la plus insensée depuis des décennies. Autoriser ou refuser les minarets ? La belle affaire ! Hormis de se prononcer sur une question esthétique, le peuple suisse n’a ici aucune prise sur le fond. Les musulmans, pour prier, n’ont pas davantage besoin de minarets que de nous ! Ils prient dans les mosquées qui, singulièrement, ne sont pas remises en question par l’initiative.
Car cette initiative répond à un processus des plus pervers. Lequel consiste, par lâcheté ou machiavélisme, à détourner l’attention de l’objet visé (la présence des musulmans sur notre sol) vers ses représentations choc et symboliques (les minarets). A l’instar de la rumeur, les non-dits, les détours et les sous-entendus pratiqués par les initiants servent à souffler plus fort sur la braise.
En portant de surcroît le débat sur le terrain religieux – tandis que sur les quelque 310'000 musulmans de Suisse, seule une minorité se rend régulièrement à la mosquée – l’UDC ne cherche rien d’autre qu’à diaboliser leur présence. Manœuvre funeste : l’acceptation de l’initiative ne ferait que créditer la posture de la poignée d’intégristes qui dénoncent la discrimination.
Bref, ce remue-ménage n’aura eu pour seul mérite - au moins ça - que de nous faire réfléchir. Jusqu’à être traversés parfois de craintes et de doutes. Tant il est vrai que les musulmans n’envisagent point comme nous les relations hommes-femmes, la possibilité de quitter leur religion, d’épouser un juif ou un chrétien, de tolérer la liberté d’expression et l’(auto)critique de leur religion réintroduite dans toutes leurs institutions.
Or, quoi qu’il en soit de nos éventuels doutes ou de nos craintes, cette votation nous aura permis de répéter que la démocratie – comme la foi - est plus forte. Et que refuser les minarets revient ni plus ni moins qu’à s’arrêter de penser pour céder à la peur.

A ce sujet, la dernière édition de "La Vie protestante" propose un dossier très complet. On peut se la procurer en téléphonant au 022 819 88 19.

02/11/2009

Marc Bonnant a mis le feu à la Comédie

bonnant 3.jpgSoirée exceptionnelle et, qui sait, peut-être historique, lundi soir, à la Comédie ! Exceptionnelle parce que c’est avec  gourmandise, comme l’annonçait Anne Bisang, que la star du barreau genevois Marc Bonnant a relevé le défi  de « défendre l’indéfendable » Roberto Zucco.  Une salle archi comble est venue goûter la prouesse. L’avocat n’a pas démérité. Armé d’une rhétorique qui fait sa légende, le magistrat - qui aime à dire avoir rêvé d’un destin pour ne trouver qu’une carrière, ou avoir souhaité devenir écrivain mais renoncé par amour pour la littérature - seul sur scène, a littéralement soulevé son auditoire. 
Il fallait être fou ou génial pour se lancer dans pareille plaidoirie imaginaire, sur cette pièce imaginée par Bernard-Marie Koltès (jouée jusqu’au 8 novembre à la Comédie) où le héro Roberto Zucco assassine froidement son père, sa mère, un enfant et un commissaire de police. Pour y parvenir : se méfier de la vérité. « Défendre, c’est inventer. La vérité est un piège à couillon, a proclamé le magistrat. L’avocat, tout au plus, essaye d’extirper ce qu’il croit juste. » Or, comment s’y prendre quand son « client » a choisi de surcroît de n’être personne, de demeurer muet et invisible ? Eh bien, commencer par le faire vivre…
Suspendu aux lèvres du ténor, le public opinait quand l’orateur rappelait comme tous les dossiers de justice sont impuissants à faire vivre un homme. « Le procès pénal est avant tout une narration , Zucco ne serait rien avant que d’être défendu tant il est vrai que les gens n’existent que par le « dit ». Pour cela, il faut du style, un sens littéraire. » Et le même public d’applaudir en un silence médusé quand le maître passait en revue les vaines expertises et variantes de prétoire pour juger un gamin dont la posture est d’être « hors du monde ».
Tour à tour, toutes les pirouettes et tous les artifices de l’appareil judiciaire volent en éclat devant ce client hors du commun qui les bat en brèche. Et qui finit par disparaître sans que l’avocat, fasciné par sa propre logorrhée, s’en aperçoive. On lui tend un billet. Roberto Zucco a décidé de se faire justice lui-même. Le montage est habile en ce que, insensiblement, le morceau de bravoure de Marc Bonnant se métamorphose en leçon d’humilité. Pour toucher à l’essence  commune à la littérature et à la justice (« Un procès, c’est une histoire de mots, les faits sont indifférents») : l’exercice de l’intelligence, qui suppose le deuil des certitudes.
Le moment était sans nul doute historique. Dans la mesure où le jury populaire est appelé à disparaître, et sa capacité d’entendre, sinon de comprendre, le bruissement de la vie dans une plaidoirie, les ténors de la trempe de Bonnant aussi, sont appelés à disparaître hélas. Chose d’autant plus regrettable, comme le maître s’est plus à le rappeler, que « les églises étaient pleines du temps où la messe était dite en latin. »   

 

 

28/10/2009

Coup de chapeau à la librairie-café Les Recyclables

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S’il est un endroit qui vous empêche de penser en rond, c’est bien Les Recyclables. Au menu de mardi soir… Michel Servet !

Les clients achevaient, bonhommes, leur crème brûlée tout en dégustant la bière Servetus, lorsque le dynamique directeur Frédéric Sjollema fit taire la salle en rappelant : « Servet a été brûlé vif le 27 octobre 1553. En cette année de commémoration de la Réforme et de la naissance de Jean Calvin, prenons le temps de réfléchir à la mise à mort, au nom de la pureté du dogme, du libre-penseur – iconoclaste – que fut Servet… »

Avec la passion contenue qui le caractérise, le professeur Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à l’Uni de Genève, a fait réfléchir la salle en rappelant les circonstances dramatiques. En un mot : l’humaniste génial et d’une culture inouïe Servet s’était publiquement porté en faux contre le dogme de la Trinité et le baptême des enfants. De passage à Genève (l’Histoire ne dit pas ce qu’il y est singulièrement venu faire compte tenu des risques), il est arrêté pour être brûlé avec ses œuvres à Champel à la demande de Calvin.

Puis vint le moment attendu. Qu’allait dire le pasteur de la cathédrale Saint-Pierre Vincent Schmid, auteur du remarquable « Michel Servet, du bûcher à la liberté de conscience » (Editions de Paris-Max Chaleil) ? Eh bien, il a littéralement fait revivre le fougueux médecin mathématicien juriste  espagnol, rompu aux cultures juives et musulmanes. Ce dernier approuvait la réforme de Calvin mais estimait qu’il n’avait pas été jusqu’au bout de sa liberté de pensée. Etait-ce son côté Don quichotte ou une tendance au martyre ? Lui irait jusqu’au bout…  

Et le public de s’enflammer lors de la discussion qui s’ensuivit. Où, dans un heureux désordre, se mêlèrent les mots et les anachronismes, les notions de tolérance et d’intolérance, de libre pensée et de critique face au dogme où surgissaient au besoin pêle-mêle les spectres de Rabelais, de Staline ou de Castillon. Castillon – autre farouche détracteur de Calvin - dont on commémorera en 2015 l’anniversaire de sa naissance.

Aux Recyclables, l’ambiance fleurait bon les années septante, mardi. On s’empoignait en refaisant le petit monde de Genève. A la sortie, un ami journaliste m’a dit : « Ils sont quand même forts, ces protestants, d’oser ainsi se jeter dans l’arène en pleine commémoration de Calvin. Ce que j’aime, dans leur religion, c’est leur capacité de doute. » 

27/08/2009

Suisse-Libye : du flirt à la scène de ménage

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Le feuilleton de l’été kadhafien qui s’achève (vraiment ?) pose quelques questions. Graves, me semble-t-il. Une parmi d’autres : quel lien, quelles contraintes y-a-t-il, découlant d’une autre histoire d’enlèvement de deux autres otages suisses. Deux délégués du CICR, en 1989, libérés par l’intervention d’un certain colonel Kadhafi ? Singulièrement, les médias n’ont pas évoqué ce triste épisode. Il n’est pourtant pas sans incidence dans les relations actuelles entre la Suisse et la Libye.

 

 

Un peu de mémoire, que diable. Le pays entier s’était ému de l’enlèvement de Emmanuel Christen et Elio Erriquez, dans le Sud-Liban. Passons sur les raisons de ce rapt, trop délicates à évoquer. Retenons qu’alors les deux délégués Croix-Rouge n’avaient été libérés, après moult et pénibles tractations, que neuf mois plus tard contre une rançon de 5 millions. Qu’est-ce qu’on avait polémiqué autour de cette rançon, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’une partie importante de cette somme avait été versée par Kadhafi ! Officiellement, il avait cassé sa tirelire pour prouver son attachement au CICR. Officieusement, il avait d’autres motifs de se faire bien voir par la Suisse : depuis longtemps, les pétroliers lybiens cherchaient à mettre la main sur Gatoil Suisse SA, ses 300 stations d’essence et la raffinerie de Collombey. Plusieurs pays étaient d’ailleurs sur les rangs. Trois mois avant la libération des otages, c’est à la Libye que le marché avait été attribué.

Apparemment, la tractation ne mangeait pas de pain. Obtenir à la fois le payement, la libération des otages tout en trouvant un accord d’approvisionnement avec un pays producteur de pétrole, chapeau ! Hormis quelques empêcheurs de tourner en rond, tel le journaliste d’investigation Roger de Diesbach (Presse futile, presse inutile, Slatkine), ce flirt avec la Libye avait vite été oublié. Sauf que le temps n’oublie rien. Les mauvaises fréquentations vous tiennent par la peau des fesses. Toujours. Vingt ans après, la scène de ménage de cet été met dans l’embarras toute la famille diplomatique. Vingt ans de déculottée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19/05/2009

La politique culturelle baigne dans le sang

pitbull.jpgC’est l’énigme de l’année : comment diable un prince de la culture a-t-il pu se transformer en assassin ? Aurait-il soudain révélé sa vraie nature meurtrière, ou celle-ci s’est-elle forgée à l’aune de la fascination du pouvoir ?

On l’avait connu journaliste dynamique et enthousiaste, prêt à défendre la veuve et l’orphelin, doué d’une rare générosité dans la profession. Devenu politicien, il semblait poursuivre, volant au secours de tel ou tel service sinistré de son département. Quelque chose de christique en lui…

Et voilà que l’une après l’autre, les têtes se sont mises à tomber ! D’abord les petites, puis les moyennes, jusqu’aux grandes : le glaive a frappé, brandi d’abord par la propre main du Christ devenu Machiavel puis tenu en renfort par d’autres mains qui sont celles des audits.

Tel ami des Verts, père de famille qui avait quitté son emploi pour rejoindre le prince : renvoyé pour incompatibilité. Tel ancien confrère et ami qui fit de même, séduit : poussé dehors pour divergence de vues. La suite, on connaît. Complot pour promouvoir la princesse à la direction du Musée des sciences. Association avec les employés pour déstabiliser la direction du Grand Théâtre. Eviction du directeur du Musée d’ethnographie. Limogeage de celui du Musée d’art et d’histoire…

Tandis que la politique culturelle genevoise baigne dans le sang, on s’interroge en silence. Faut-il que notre magistrat se déteste pour déployer tant de haine et qu’il méprise la culture pour la torturer ainsi. Mais courage, camarades. Un jour, c’est sûr, le peuple moribond se lèvera d’un bond et réclamera un audit du Département.

04/03/2009

Lettre à mon fils qui adore la Julie

 

alexis asie.jpgJe te jure, j’ai relu la date du journal, hier matin, pour être sûr qu’on n’était pas le 1er avril : la Julie vendue - et tous les autres journaux d’Edipresse – au groupe zurichois Tamedia ! Avec la remise du prix Giono à Amélie Nothomb, ça m’a fait ma journée. La veille au soir, j’avais été écouté Piccoli jouer du Thomas Bernhard. Il rappelait comme le monde était devenu fou…
Chut, pas de jugement de valeur. Démodé. D’ailleurs, je n’ai pas vu un seul commentaire à ce propos sur les blogs. Il faut dire que par les temps qui courent, la nouvelle passe comme une lettre à la poste, encore que même le courrier a de la peine. Je me demande simplement ce que tu en penses, du fin fond du Cambodge. Tu te rends compte, ton journal vendu aux Zurichois ! Ce que ça va changer ? Aucune idée, fiston. Si, j’en ai une petite... et j’espère me tromper. Chut, attendons. Mais peut-être penses-tu que ça n’a aucune importance, que nous devons accepter, c’est l’époque, que la géographie et les questions d’identité et de patrimoine soient chamboulées. Qu’enfin c’est le progrès, comme les opérations médicales télécommandées à distance.
Pour être franc, je voulais d’abord écrire une lettre ouverte à Pierre Lamunière. Ce qui me titillait par-dessus tout, c’était de savoir comment il supportait l’idée de brader ainsi l’immense effort de son père. Qui plus est, s’agissant tout de même de presse et non pas de savonnettes, ce que ça lui faisait, symboliquement, de vendre tout un pan du patrimoine culturel romand à l’outre Sarine. Ceux qui le soupçonnaient de ne pas avoir beaucoup d’affection pour ses titres suisses doivent être confortés. Mais peut-être que Jacques Pilet a raison, que l’identité de chaque titre et le talent de son équipe sont déterminants. A moins qu’il ne puisse dire autre chose, vu qu’il a passé de l’autre côté comme attaché à la direction de Ringier.
Que de questions ! J’ai préféré te les adresser, fiston. Quand tu as rendu ton travail de maturité sur L’Avenir de la presse écrite en Suisse romande (http://www.sergebimpage.ch/tm-alexis-bimpage/index.html, mention très bien), tu m’as dit ta perplexité de l’avoir spontanément anglé « économique » : si tu avais rédigé le même travail vingt ans plus tôt, il eût été plus « idéologique ». Bonne remarque. Le journalisme n’échappe désormais plus au marché. C’est son drame. Ce qui le musèle. Mais chut… Bonne poursuite de ton voyage sabbatique, et merci de tes commentaires.

05/02/2009

Bluffant au sens propre, Sarkozy!

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Certes, Sarkozy avait soigneusement préparé son show, pour son discours sur TF1. Et il n’avait hélas aucun journaliste en face de lui pour opposer une quelconque résistante à son irrésistible rhétorique. Mais force était de constater que sa maîtrise des dossiers et son volontarisme face à la crise témoignaient d’un pragmatisme dépassant de loin les idéologies.
Et l’on a beau préférer l’acuité franche d’un « Marianne » aux rumeurs manœuvrières d’un « Nouvel Obs » (erreur du fameux sms de Sarko, allusions imprécises sur les activités de Kouchner), le journaliste du premier était plutôt embarrassé, juste après l’émission sur A2, pour trouver des poux dans la tête du président.
Le seul exemple du trois fois 33,3% (respectivement pour les travailleurs, les actionnaires et les réinvestissements) souhaités et bientôt exigés par Sarkozy en vue d’une meilleure distribution des dividendes le démontre : il est capable de penser comme la gauche. Celui de plaider et de favoriser la délocalisation pour garder les usines en France ou d’exiger des banques qu’elles renoncent à leur bonus : qu’il est capable de résister au patronat.
Bluffante, c’est le moins qu’on puisse à dire de sa prestation ! Gageons que ça n’est pas du bluff. Non seulement, manches quasi retroussées, il dégageait l’impression d’un homme sensible au destin douloureux des citoyens et d’un président capable de prendre ses responsabilités pour exiger de même de ses concitoyens ; mais aussi bien, ayant ramené la durée de présidence à deux ans pour rompre avec le syndrome royal et donner du sang neuf, il convainc ici encore par le pragmatisme. Réussira-t-il ? C’est une autre affaire, surtout sur le terrain européen. Au minimum et c’est déjà pas mal pour un politicien, il a fait la démonstration que le temps n’est plus aux grands débats d’idées.

Serge Bimpage


02/02/2009

Bilatérales : des relents amers…

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La votation sur les bilatérales, qui consiste à reconduire l’accord de libre circulation entre la Suisse et la Communauté européenne et à étendre les accords à la Bulgarie et à la Roumanie, provoque des relents d’amers.
D’abord, elle soulève à nouveau la question des Roms. Ils sont 800'000 en Bulgarie et deux millions en Roumanie à vivre dans des conditions de pauvreté extrême. Ils vivent dans des masures de torchis et de planches, sans eau ni électricité. La guerre (où la moitié d’entre eux a été exterminée), puis la guerre froide, les nationalismes et l’économie de marché les ont poussés dans les ghettos. Pourtant, ils ne revendiquent rien. Aucun territoire, aucune souveraineté. Juste la reconnaissance de leur existence et des droits qui la garantissent.
Ensuite, cette votation vient nous rappeler combien la politique migratoire de notre pays est schizophrène : d’un côté, on ouvre résolument les frontières tandis que de l’autre, en matière de politique d’asile notamment… on les referme ! Pendant ce temps, Eveline Widmer-Schlumpf vient cyniquement de lancer une vaste consultation dans le pays pour répondre aux défis posés par l’intégration.
Enfin, la perspective des urnes désigne notre ignorance et notre déni. S’impose trop souvent la part d’ombre qui recouvre notre imaginaire et le conduit à la peur. Faute de savoir, on fantasme le pire. Du coup, on passe à côté non seulement du terrible destin de l’autre, l’étranger, mais de l’enrichissement qu’il peut nous apporter. Même le Conseil fédéral s’y laisse prendre, axant sa position favorable sur les avantages rigoureusement économiques à voter oui.
Puisse le résultat des urnes nous aider à digérer ce qui passe mal, faute de bonne mastication. Et nous rappeler que l’histoire de l’homme, depuis ses origines, a été bien plus souvent nomade que sédentaire.


 

Serge Bimpage